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SHITAO 1642 - 1707
hlh Le PI@NOTYPE 2003
L’Antiquité est l’instrument de la
connaissance; transformer consiste à connaître cet
instrument sans toutefois s’en faire le serviteur. Mais je ne
vois personne qui soit capable d’utiliser ainsi l’Antiquité
en vue de transformer, et je déplore toujours cette attitude
conservatrice qui reste enlisée dans les
uvres
antiques sans pouvoir les transformer; pareille connaissance
asservit; la connaissance qui s’attache étroitement à
imiter ne peut qu’être sans envergure; aussi, l’homme
de bien, lui, n’emprunte-t-il à l’Antiquité
que pour fonder le présent. Il a été dit que
l’homme parfait est sans règles, ce qui ne veut pas dire
qu’il n’a pas de règle, mais que sa règle
est celle de l’absence de règles, ce qui constitue la
règle suprême. Tout ce qui possède des règles
constantes doit nécessairement avoir aussi des modalités
variables. S’il y a règle, il faut qu’il y ait
changement. Partant de la connaissance des constantes, on peut
s’appliquer à modifier les variables ; du moment que
l’on sait la règle, il faut s’appliquer à
transformer. La peinture exprime la grande règle des
métamorphoses du monde, la beauté essentielle des monts
et des fleuves dans leur forme et leur élan, l’activité
perpétuelle du Créateur, l’influx du souffle Yin
et Yang; par le truchement du pinceau et de l’encre, elle
saisit toutes les créatures de l’Univers, et chante en
moi son allégresse. Mais nos bonshommes d’aujourd’hui
n’entendent rien à tout cela ; à propos et hors
de propos ils vous déclarent : «La technique des «rides»
et des «points» de tel maître constitue une base
indispensable ; si vous n’imitez pas les paysages d’un
tel, vous ne pourrez laisser une
uvre
durable; vous pouvez vous imposer avec le style pur et dépouillé
de tel autre ; si vous n’imitez pas les procédés
techniques d’un tel, vous ne serez jamais qu’un amuseur »
Mais à ce train-là, au lieu de se servir de ces
peintres, on devient leur esclave. Vouloir à tout prix
ressembler à tel maître revient à manger ses
restants de soupe : très peu pour moi ! Ou bien d’autres
encore me disent: «Je me suis ouvert l’esprit au contact
de tel maître, j’ai acquis ma discipline à partir
de tel autre maintenant, quelle école vais-je suivre, dans
quelle catégorie vais-je me ranger, à qui vais-je
emprunter mes critères, qui vais-je imiter, à qui
vaut-il mieux que j’emprunte sa technique des «points»
et du lavis, ses «grandes lignes» ses «rides»
et ses formes, de manière que mon oeuvre puisse se confondre
avec celle des Anciens?». Mais ainsi, vous en arrivez à
ne plus connaître que les Anciens, en oubliant votre propre
existence ! Quant à moi, j’existe par moi-même et
pour moi-même. Les barbes et les sourcils des Anciens ne
peuvent pas pousser sur ma figure, ni leurs entrailles s’installer
dans mon ventre ; j’ai mes propres entrailles et ma barbe à
moi. Et s’il arrive que mon
uvre
se rencontre avec celle de tel autre maître, c’est lui
qui me suit et non moi qui l’ai cherché. La Nature m’a
tout donné ; alors, quand j’étudie les Anciens,
pourquoi ne pourrais-je pas les transformer ?
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