Qu'on ne m'objecte point que les animaux sont pour la
plupart des êtres féroces, qui ne sont pas capables de sentir les maux qu'ils
font ; car tous les hommes distinguent-ils mieux les vices et les vertus ? Il est
dans notre espèce de la férocité, comme dans la leur. Les hommes qui sont
dans la barbare habitude d'enfreindre la Loi naturelle, n'en sont pas si
tourmentés que ceux qui la transgressent pour la première fois, et que la
force de l'exemple n'a point endurcis. Il en est de même des animaux, comme
des hommes; les uns et les autres peuvent être plus ou moins féroces par
tempérament, et ils le deviennent encore plus avec ceux qui le sont. Mais un
animal doux, pacifique, qui vit avec d'autres animaux semblables et
d'aliments doux, sera ennemi du sang et du carnage ; il rougira
intérieurement de l'avoir versé, avec cette différence peut-être que, comme
chez eux tout est immolé aux besoins, aux plaisirs et aux commodités de la
vie, dont ils jouissent plus que nous, leurs remords ne semblent pas devoir
être si vifs que les nôtres, parce que nous ne sommes pas dans la même
nécessité qu'eux. La coutume émousse et peut-être étouffe les remords,
comme les plaisirs.
Knoppix User
2003-05-29