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Mais un être à qui la Nature a donné un instinct si précoce, si éclairé, qui juge, combine, raisonne et délibère, autant que s'étend et lui permet la sphère de son activité ; un être qui s'attache par les bienfaits, qui se détache par les mauvais traitements et va essayer un meilleur maître ; un être d'une structure semblable à la nôtre, qui fait les mêmes opérations, qui a les mêmes passions, les mêmes douleurs, les mêmes plaisirs, plus ou moins vifs, suivant l'empire de l'imagination et la délicatesse des nerfs; un tel être enfin ne montre-t-il pas clairement qu'il sent ses torts et les nôtres, qu'il connaît le bien et le mal, en un mot a conscience de ce qu'il fait ? Son âme qui marque comme la nôtre les mêmes joies, les mêmes mortifications, les mêmes déconcertements, serait-elle sans aucune répugnance à la vue de son semblable déchiré, ou après l'avoir lui-même impitoyablement mis en pièces ? Cela posé, le don précieux dont il s'agit, n'aurait point été refusé aux animaux, car puisqu'ils nous offrent des signes évidents de leur repentir, comme de leur intelligence, qu'y a-t-il d'absurde à penser que des êtres, des machines presque aussi parfaites que nous, soient comme nous faites pour penser et pour sentir la Nature ?
Knoppix User 2003-05-29