L'organisation est le premier mérite de l'homme ; (c'est en
vain que tous ; les auteurs de morale ne mettent point au rang des qualités
estimables celles qu'on tient de la Nature, mais seulement les talents qui
s'acquièrent à force de réflexions et d'industrie : car d'où nous vient. je vous
prie, l'habileté, la science et la vertu, si ce n'est d'une disposition qui nous
rend propres à devenir habiles, savants et vertueux ? Et d'où nous vient
encore cette disposition, si ce n'est de la Nature? Nous n'avons de qualités
estimables que par elle ; nous lui devons tout ce que nous sommes. Pourquoi
donc n'estimerais-je pas autant ceux qui ont des qua1ités naturelles, que
ceux qui brillent par des vertus acquises et comme d'emprunt ? Quel que soit
le mérite, de quelque endroit qu'il naisse, il est digne d'estime ; il ne s'agit
que de savoir la mesurer. L'esprit, la beauté, les richesses, la noblesse,
quoique enfants du hasard, ont tous leur prix, comme l’adresse, le savoir, la
vertu, etc. Ceux que la Nature a comblés de ces dons les plus précieux,
doivent plaindre ceux à qui ils ont été refusés ; mais ils peuvent sentir leur
supériorité sans orgueil et en connaisseurs. Une belle femme serait aussi
ridicule de se trouver laide, qu’un homme d'esprit de se croire un sot. Une
modestie outrée (défaut rare à la vérité) est une sorte d'ingratitude envers la
Nature. Une honnête fierté au contraire est la marque d'une âme belle et
grande, que décèlent des traits mâles, moulés comme par le sentiment.
Knoppix User
2003-05-29