Comme une corde de violon ou une touche de clavecin
frémit et rend un son, les cordes du cerveau, frappées par les rayons
sonores, ont été excitées à rendre ou à redire les mots qui les
touchaient. Mais comme telle est la construction de ce viscère, que dès
qu'une fois les yeux bien formés pour l'optique ont reçu la peinture des
objets, le cerveau ne peut pas ne pas voir leurs images et leurs
différences : de même lorsque les signes de ces différences ont été
marqués ou gravés dans le cerveau, l’âme en a nécessairement examiné
les rapports : examen qui lui était impossible, sans la découverte des
signes ou l’invention des langues. Dans ce temps, où l’Univers était
presque muet, l’âme était à l’égard de tous les objets, comme un
homme, qui, sans avoir aucune idée des proportions, regardait un
tableau ou une pièce de sculpture : il n’y pourrait rien distinguer ; ou
comme un petit enfant (car alors l’âme était dans son enfance) qui,
tenant dans sa main un petit nombre de brins de paille ou de bois, les
voit en général d’une vue vague et superficielle, sans pouvoir les
compter, ni pouvoir les distinguer. Mais qu’on mette une espèce de
pavillon, ou d’étendard à cette pièce de bois, par exemple, qu’on appelle
mât, qu’on en mette un autre à un autre pareil corps ; que le premier
venu se nombre par le signe 1 et le second par le signe ou chiffre 2 ;
alors cet enfant pourra les compter, et ainsi de suite il apprendra toute
l’arithmétique. Dès qu’une figure lui paraîtra égale à une autre par son
signe numératif, il conclura sans peine que ce sont deux corps, que
1 et 1 font 2, que 2 et 2 font 44, etc.
Knoppix User
2003-05-29