71

Comme une corde de violon ou une touche de clavecin frémit et rend un son, les cordes du cerveau, frappées par les rayons sonores, ont été excitées à rendre ou à redire les mots qui les touchaient. Mais comme telle est la construction de ce viscère, que dès qu'une fois les yeux bien formés pour l'optique ont reçu la peinture des objets, le cerveau ne peut pas ne pas voir leurs images et leurs différences : de même lorsque les signes de ces différences ont été marqués ou gravés dans le cerveau, l’âme en a nécessairement examiné les rapports : examen qui lui était impossible, sans la découverte des signes ou l’invention des langues. Dans ce temps, où l’Univers était presque muet, l’âme était à l’égard de tous les objets, comme un homme, qui, sans avoir aucune idée des proportions, regardait un tableau ou une pièce de sculpture : il n’y pourrait rien distinguer ; ou comme un petit enfant (car alors l’âme était dans son enfance) qui, tenant dans sa main un petit nombre de brins de paille ou de bois, les voit en général d’une vue vague et superficielle, sans pouvoir les compter, ni pouvoir les distinguer. Mais qu’on mette une espèce de pavillon, ou d’étendard à cette pièce de bois, par exemple, qu’on appelle mât, qu’on en mette un autre à un autre pareil corps ; que le premier venu se nombre par le signe 1 et le second par le signe ou chiffre 2 ; alors cet enfant pourra les compter, et ainsi de suite il apprendra toute l’arithmétique. Dès qu’une figure lui paraîtra égale à une autre par son signe numératif, il conclura sans peine que ce sont deux corps, que 1 et 1 font 2, que 2 et 2 font 44, etc.
Knoppix User 2003-05-29