La jaunisse nous surprend ! ne savez-vous pas que la
couleur des corps dépend de celle des verres au travers desquels on les
regarde ? Ignorez vous que telle est la teinte des humeurs, telle est celle des
objets, au moins par rapport à nous, vains jouets de mille illusions ? Mais
ôtez cette teinte de l’humeur aqueuse de l’oeil ; faites couler la bile par son
tamis naturel; alors l’âme, a d’autres yeux, ne verra plus jaune. N’est-ce pas
encore ainsi qu’en abattant la cataracte, ou en injectant le canal d’Eustache,
on rend la vue aux aveugles et l’ouïe aux sourds ? Combien de gens qui
n’étaient peut-être que d’habiles charlatans dans des siècles ignorants, ont
passé pour faire de grands miracles ! La belle âme et la puissante volonté qui
ne peut agir qu’autant que les dispositions du corps le lui permettent, et
dont les goûts changent avec l’âge et la fièvre ! Faut-il donc s’étonner si les
Philosophes ont toujours eu en vue la santé du corps, pour conserver celle de
l’âme ? si Pythagore a aussi soigneusement or donné la diète, que Platon a
défendu le vin ? Le régime qui convient au corps, est toujours celui par
lequel les médecins sensés prétendent qu’on doit préluder, lorsqu’il s’agit de
former l’esprit, de l’élever à la connaissance de la vérité et de la vertu; vains
sons dans le désordre des maladies et le tumulte des sens ! Sans les
préceptes de l’hygiène, Épictète, Socrate, Platon, etc. prêchent en vain : toute
morale est infructueuse, pour qui n’a pas la sobriété en partage, c’est la
source de toutes les vertus, comme l’intempérance est celle de tous les vices.
Knoppix User
2003-05-29