Mais si le crime porte avec soi sa propre punition plus ou
moins cruelle ; si la plus longue et la plus barbare habitude ne peut tout à
fait arracher le repentir des cœurs les plus inhumains; s'ils sont déchirés par
la mémoire même de leurs actions, pourquoi effrayer l'imagination des
esprits faibles par un enfer, par des spectres et des précipices de feu, moins
réels encore que ceux de Pascal5 ? Qu'est-il besoin de recourir à des fables, comme un pape de bonne
foi l'a dit lui-même, pour tourmenter les malheureux mêmes qu'on fait périr,
parce qu'on ne les trouve pas assez punis par leur propre conscience, qui est
leur premier bourreau ? Ce n'est pas que je veuille dire que tous les criminels
soient injustement punis ; je prétends seulement que ceux dont la volonté
est dépravée et la conscience éteinte, le sont assez par leurs remords, quand
ils reviennent à eux-mêmes; remords, j'ose encore le dire, dont la Nature
aurait dû en ce cas, ce me semble, délivrer des mal heureux entraînés par
une fatale nécessité.
Knoppix User
2003-05-29