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<!--translated from Leroux2.tex, on 2003-08-30 14:56:00,  
by TeX4ht (http://www.cis.ohio-state.edu/~gurari/TeX4ht/mn.html) xhtml,docbook,refcaption --> 
 <article>
<articleinfo>
                                                                                       

                                                                                       
<title>D&#8217;une repr&#x00E9;sentation sp&#x00E9;ciale pour les prol&#x00E9;taires</title>
<author><othername>PIERRE LEROUX - 1832</othername></author>
<date><graphic 
fileref="Leroux20x.gif"></graphic>                                                                                    &#x00A0;&#x00A0;Le
PI@NOTYPE 2002</date>
   </articleinfo>
   <!--l. 33--><section 
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    id="x1-1000"  ></anchor>1</title>
<!--l. 34--><para>   Or maintenant posons le pied sur le terrain de la r&#x00E9;alit&#x00E9; pr&#x00E9;sente. Je dis que le Peuple se
compose de deux Classes distinctes de conditions et distinctes d&#8217;int&#x00E9;r&#x00EA;t&#x00A0;: les Prol&#x00E9;taires et les
Bourgeois.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 37--><section 
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    id="x1-2000"  ></anchor>2</title>
                                                                                       

                                                                                       
<!--l. 38--><para>   Je nomme Prol&#x00E9;taires les hommes qui produisent toute la richesse de la Nation, qui ne poss&#x00E8;dent
que le salaire journalier de leur travail et dont le travail d&#x00E9;pend de causes laiss&#x00E9;es en dehors d&#8217;eux,
qui ne retirent chaque jour du fruit de leur peine qu&#8217;une faible portion incessamment r&#x00E9;duite par la
concurrence, qui ne reposent leur lendemain que sur une esp&#x00E9;rance chancelante comme le
mouvement incertain et d&#x00E9;r&#x00E9;gl&#x00E9; de l&#8217;industrie, et qui n&#8217;entrevoient de salut pour leur vieillesse
que dans une place &#x00E0; l&#8217;h&#x00F4;pital ou dans une mort anticip&#x00E9;e. Je nomme Prol&#x00E9;taires les
Ouvriers des villes et les Paysans des campagnes, soixante mille hommes qui font de la
soie &#x00E0; Lyon, quarante mille du coton &#x00E0; Rouen, vingt mille du ruban &#x00E0; Saint tienne, et
tant d&#8217;autres pour le d&#x00E9;nombrement desquels on peut ouvrir les statistiques&#x00A0; ; l&#8217;immense
population des villages, qui laboure nos champs et cultive nos vignes, sans poss&#x00E9;der ni
la moisson ni la vendange ; vingt-deux millions d&#8217;hommes enfin, incultes, d&#x00E9;laiss&#x00E9;s,
mis&#x00E9;rables, r&#x00E9;duits a soutenir leur vie avec six sous par jour. Voila ce que je nomme Prol&#x00E9;taires
</para><!--l. 55--><para>   En rangeant la population totale de la France en douze classes, et en attribuant &#x00E0; chaque citoyen
pour revenu la moyenne du revenu de la classe dont il fait partie, on arrive aux r&#x00E9;sultats
suivants&#x00A0;:
                                                                                       

                                                                                       
<!--br/--></para><informaltable><tgroup cols="4"><tbody><row><entry 
><!-- cols="1"--><para>Classe</para></entry><entry 
><!-- cols="1"--><para>Nombre d&#8217;individus</para></entry><entry 
><!-- cols="1"--><para>Revenu par t&#x00EA;te (F)</para></entry><entry 
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   </row></tbody></tgroup></informaltable>
.
   </section><!--end paragraph--><!--l. 77--><section 
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    id="x1-3000"  ></anchor>3</title>
<!--l. 78--><para>   Je nomme Bourgeois les hommes &#x00E0; la destin&#x00E9;e desquels la destin&#x00E9;e des Prol&#x00E9;taires est
soumise et encha&#x00EE;n&#x00E9;e, les hommes qui poss&#x00E8;dent des capitaux et vivent du revenu annuel qu&#8217;ils
leur rendent, qui tiennent l&#8217;industrie &#x00E0; leurs gages et qui l&#8217;&#x00E9;l&#x00E8;vent et l&#8217;abaissent au gr&#x00E9; de leur
consommation, qui jouissent pleinement du pr&#x00E9;sent, et n&#8217;ont de v&#0339;u pour leur sort du lendemain que
la continuation de leur sort de la veille et l&#8217;&#x00E9;ternelle continuation d&#8217;une constitution qui leur donne le
premier rang et la meilleure part. Je nomme Bourgeois les propri&#x00E9;taires depuis les plus riches,
seigneurs dans nos villes, jusqu&#8217;aux plus petits, aristocrates dans nos villages, les deux
                                                                                       

                                                                                       
mille fabricants de Lyon, les cinq cents fabricants de Saint-&#x00C9;tienne, tous ces tenanciers
f&#x00E9;odaux de l&#8217;industrie ; je nomme Bourgeois les deux cent mille &#x00C9;lecteurs inscrits au
tableau, et tous ceux qui pourront encore augmenter la liste, si l&#8217;Opposition lib&#x00E9;rale arrive &#x00E0;
son but et parvient &#x00E0; r&#x00E9;duire le sens &#x00E0; un niveau plus bas. Voil&#x00E0; ce que je nomme
Bourgeois.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 90--><section 
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    id="x1-4000"  ></anchor>4</title>
<!--l. 91--><para>   Dira-t-on que ces deux Classes n&#8217;existent pas, parce qu&#8217;il n&#8217;y a pas entre elles une barri&#x00E8;re
infranchissable ou une muraille d&#8217;airain ; parce qu&#8217;on voit des Bourgeois travailleurs et des
Prol&#x00E9;taires propri&#x00E9;taires ? Moi je r&#x00E9;pondrai qu&#8217;entre les nuances les plus tranch&#x00E9;es il y a toujours
une nuance interm&#x00E9;diaire, et que personne, dans nos colonies, ne s&#8217;avise de nier l&#8217;existence
des Blancs et l&#8217;existence des Noirs, parce que l&#8217;on voit entre eux des Mul&#x00E2;tres et des
M&#x00E9;tis.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 97--><section 
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    id="x1-5000"  ></anchor>5</title>
<!--l. 98--><para>   Caract&#x00E9;risons actuellement l&#8217;int&#x00E9;r&#x00EA;t des Prol&#x00E9;taires et l&#8217;int&#x00E9;r&#x00EA;t des Bourgeois sur les
questions qui s&#8217;agitent autour de nous.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 101--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-6000"  ></anchor>6</title>
<!--l. 102--><para>   Sur la question qui renferme la destin&#x00E9;e de l&#8217;Europe, la question de la guerre, d&#x00E9;saccord.
L&#8217;ardeur belliqueuse des Prol&#x00E9;taires est soutenue par l&#8217;h&#x00E9;ritage de la gloire militaire de la
                                                                                       

                                                                                       
R&#x00E9;publique et de l&#8217;Empire, qui appartint &#x00E0; leurs p&#x00E8;res, soutenue par le d&#x00E9;sir de changement
habituel &#x00E0; ceux qui souffrent, par la perspective de la chance des batailles, o&#x00F9; tout est pes&#x00E9; &#x00E0; sa
valeur et o&#x00F9; l&#8217;&#x00E9;galit&#x00E9; subsiste dans toute sa justice et toute son &#x00E9;tendue ; le salaire de leurs
familles, r&#x00E9;duit au strict n&#x00E9;cessaire, ne peut diminuer ; peu leur importe que la richesse, au lieu de se
consommer dans les salons, aille se consommer dans les camps, et m&#x00EA;me les arm&#x00E9;es, en cr&#x00E9;ant des
d&#x00E9;bouch&#x00E9;s nouveaux, doivent fournir du travail et ranimer l&#8217;industrie. D&#8217;ailleurs, les Prol&#x00E9;taires
savent bien qu&#8217;entre les peuples et les rois il n&#8217;y a point d&#8217;alliance possible, et que, pour
trouver appui &#x00E0; leur r&#x00E9;publique en Europe, il faut en chasser la servitude et affranchir
les nations &#x00E9;trang&#x00E8;res. Les Bourgeois se soucient peu de la guerre&#x00A0;: la Restauration fut
leur &#x00E9;poque la plus florissante et la plus belle ; tranquilles dans la jouissance de leurs
biens, ils doivent redouter, par-dessus toutes choses, de voir la richesse nationale, quittant
son cours habituel qui la portait vers eux, aller entretenir l&#8217;exorbitante consommation des
arm&#x00E9;es. D&#8217;ailleurs, gr&#x00E2;ce au roi quasi-l&#x00E9;gitime qu&#8217;ils ont assis sur le tr&#x00F4;ne que les
Prol&#x00E9;taires avaient bris&#x00E9;, ils ont pu r&#x00E9;tablir avec les princes une sorte d&#8217;alliance ; et leurs
ambassadeurs, quoique re&#x00E7;us dans les cours &#x00E9;trang&#x00E8;res comme les marchands chez les seigneurs,
trouvent accueil cependant et nouent les liaisons diplomatiques de la France avec celles
de la Russie et de l&#8217;Autriche. Le retour au r&#x00E9;gime de la Restauration, &#x00E9;man&#x00E9; il y a
quinze ans du consente ment des potentats de l&#8217;Europe, est donc ce qui convient &#x00E0; leur
int&#x00E9;r&#x00EA;t.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 123--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-7000"  ></anchor>7</title>
<!--l. 124--><para>   Sur la question qui renferme la destin&#x00E9;e de la g&#x00E9;n&#x00E9;ration &#x00E0; venir, celle de l&#8217;instruction
publique, d&#x00E9;saccord. Les Prol&#x00E9;taires, soutenus par le sentiment de l&#8217;&#x00C9;galit&#x00E9; si actif chez les petits,
                                                                                       

                                                                                       
demandent que l&#8217;instruction soit la m&#x00EA;me l&#x00E0; o&#x00F9; le g&#x00E9;nie est le m&#x00EA;me, et que la constitution
qui d&#x00E9;clare l&#8217;&#x00E9;gale admissibilit&#x00E9; aux emplois d&#x00E9;clare aussi l&#8217;&#x00E9;gale admissibilit&#x00E9;
aux &#x00E9;coles. Ils comprennent bien d&#8217;ailleurs que, la concurrence formant la seule loi de
l&#8217;association int&#x00E9;rieure, ils seront n&#x00E9;cessairement vaincus si les armes leur manquent, et
s&#8217;ils se pr&#x00E9;sentent sans ressources en face de leurs rivaux riches de toutes les ressources
que leur fournissent &#x00E0; la fois le privil&#x00E8;ge et l&#8217;&#x00E9;ducation. Sur ce point l&#8217;int&#x00E9;r&#x00EA;t de la
majorit&#x00E9; de la Nation est pr&#x00E9;cis et &#x00E9;vident. Mais quel motif pourrait engager les Bourgeois
&#x00E0; consentir &#x00E0; ce que l&#8217;enfance des Prol&#x00E9;taires, soustraite au travail m&#x00E9;canique, f&#x00FB;t
consacr&#x00E9;e au d&#x00E9;veloppement intellectuel ? quelle compensation trouve raient-ils plus
tard &#x00E0; cette d&#x00E9;pense faite sur le fonds commun en faveur des Prol&#x00E9;taires, &#x00E0; ce temps
perdu &#x00E0; l&#8217;&#x00E9;tude et vou&#x00E9; au dangereux exercice de l&#8217;esprit ? Ils sentent bien que cet &#x00E9;gal
partage des lumi&#x00E8;res leur serait funeste, car il rendrait leur domination moins assur&#x00E9;e et
leur pr&#x00E9;&#x00E9;minence moins facile sur cette classe nombreuse qu&#8217;ils ne primeraient plus
par la puissance intellectuelle ; il leur est ais&#x00E9; d&#8217;ailleurs d&#8217;entrevoir, &#x00E0; la suite de cette
&#x00E9;galit&#x00E9; essentielle de la capacit&#x00E9;, un mouvement social n&#x00E9;cessaire vers un &#x00E9;tat moins
charg&#x00E9; de privil&#x00E8;ge et moins tol&#x00E9;rant d&#8217;aristocratie. C&#8217;est donc l&#x00E0; ce que les Bourgeois
doivent avant tout redouter ; car ils savent bien que c&#8217;est le g&#x00E9;nie et non la force qui peut
aujourd&#8217;hui affranchir les Prol&#x00E9;taires, et ils ont signal&#x00E9; depuis longtemps le Prol&#x00E9;taire
&#x00E9;loquent comme aussi redoutable pour eux que le Spartacus antique pour les ma&#x00EE;tres
d&#8217;esclaves.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 145--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-8000"  ></anchor>8</title>
<!--l. 146--><para>   Sur la question qui embrasse l&#8217;organisation actuelle du pays, celle de l&#8217;imp&#x00F4;t, d&#x00E9;saccord. La
                                                                                       

                                                                                       
Classe Prol&#x00E9;taire produit la richesse, en distrait pour son profit le strict n&#x00E9;cessaire, et abandonne tout
le reste au domaine de la Classe Bourgeoise&#x00A0;: c&#8217;est sur ce domaine des Bourgeois fourni par les
Prol&#x00E9;taires que, directement ou indirecte ment, l&#8217;imp&#x00F4;t est toujours per&#x00E7;u. De cette diff&#x00E9;rence de
position par rapport &#x00E0; l&#8217;imp&#x00F4;t r&#x00E9;sulte une diff&#x00E9;rence de position analogue par rapport au
budget. Le budget doit &#x00EA;tre consid&#x00E9;r&#x00E9; comme compos&#x00E9; de deux parts, l&#8217;une destin&#x00E9;e
&#x00E0; la solde des fonctions publiques, l&#8217;autre destin&#x00E9;e &#x00E0; l&#8217;entretien des &#x00E9;tablissements
d&#8217;utilit&#x00E9; g&#x00E9;n&#x00E9;rale. La Classe Bourgeoise est peu stimul&#x00E9;e &#x00E0; r&#x00E9;duire la premi&#x00E8;re,
qui lui revient presque en totalit&#x00E9; ; elle est au contraire fortement excit&#x00E9;e &#x00E0; r&#x00E9;duire
la seconde, qui se reverse, non sur elle seulement, mais sur la masse enti&#x00E8;re du Peuple.
La Classe Prol&#x00E9;taire est port&#x00E9;e &#x00E0; penser tout autrement sur ce dernier chapitre, qui,
destin&#x00E9; &#x00E0; ordonner ou &#x00E0; encourager de grands travaux, doit &#x00EA;tre pour elle une source
nouvelle d&#8217;activit&#x00E9; et de bien-&#x00EA;tre, en lui fournissant de l&#8217;ouvrage, et en l&#8217;appelant en
outre &#x00E0; prendre sa part commune dans le produit de cet ouvrage. Il suit de l&#x00E0; que les
th&#x00E9;ories &#x00E9;conomiques adopt&#x00E9;es par les Bourgeois doivent les engager &#x00E0; &#x00E9;liminer peu &#x00E0;
peu le Gouvernement de toute intervention sociale, tandis que celles qui conviennent aux
Prol&#x00E9;taires doivent les engager &#x00E0; demander peu &#x00E0; peu au Gouverne ment des mesures de
pr&#x00E9;voyance et d&#8217;association, et &#x00E0; exiger de lui par cons&#x00E9;quent une garantie plus assur&#x00E9;e et une
moralit&#x00E9; plus solide. En pr&#x00E9;sence de ce fait fondamental, libert&#x00E9; ou organisation en
mati&#x00E8;re d&#8217;industrie, le reste n&#8217;est que secondaire. L&#8217;imp&#x00F4;t indirect n&#8217;est avantageux
&#x00E0; la Classe Bourgeoise que parce que son ambition d&#x00E9;gr&#x00E8;verait momentan&#x00E9;ment la
Classe Prol&#x00E9;taire, et qu&#8217;il faudrait attendre des ann&#x00E9;es avant que l&#8217;action d&#x00E9;vorante de la
concurrence ait achev&#x00E9; de ronger l&#8217;accroissement momentan&#x00E9; de la valeur du salaire, et l&#8217;ait
enfin replac&#x00E9; &#x00E0; son tarif habituel, celui de la stricte mesure des n&#x00E9;cessit&#x00E9;s de la vie.
L&#8217;imp&#x00F4;t progressif n&#8217;est qu&#8217;une contribution sur la haute aristocratie bourgeoise au profit de la
petite.
                                                                                       

                                                                                       
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 170--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-9000"  ></anchor>9</title>
<!--l. 171--><para>   Donc sur tous ces points d&#x00E9;saccord, d&#x00E9;saccord de sentiments et d&#8217;int&#x00E9;r&#x00EA;ts sur le pr&#x00E9;sent et
sur l&#8217;avenir.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 173--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-10000"  ></anchor>10</title>
<!--l. 174--><para>   Sous la Restauration, la dissidence existait au fond, mais elle n&#8217;&#x00E9;tait point &#x00E0; sa maturit&#x00E9; et
demeurait envelopp&#x00E9;e. La lutte &#x00E0; soutenir contre la Noblesse, que les Bourbons s&#8217;essayaient &#x00E0;
r&#x00E9;tablir, unissait tout le Peuple en un m&#x00EA;me int&#x00E9;r&#x00EA;t politique ; et les Bourgeois, en
repr&#x00E9;sentant leurs int&#x00E9;r&#x00EA;ts, repr&#x00E9;sentaient en m&#x00EA;me temps les int&#x00E9;r&#x00EA;ts des Prol&#x00E9;taires. Le
mouvement de hausse que le commerce dut n&#x00E9;cessairement &#x00E9;prouver &#x00E0; la suite des guerres
de la R&#x00E9;volution et de l&#8217;Empire faisait circuler la vie du Prol&#x00E9;taire au Bourgeois et du
Bourgeois au Prol&#x00E9;taire, et les unissait en un m&#x00EA;me int&#x00E9;r&#x00EA;t industriel ; car &#x00E0; chaque
accroissement dans la production r&#x00E9;pondait toujours un accroissement semblable dans la
consommation.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 183--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-11000"  ></anchor>11</title>
<!--l. 184--><para>   Aujourd&#8217;hui que l&#8217;an&#x00E9;antissement de la Noblesse, pr&#x00E9;par&#x00E9; par les Bourgeois et termin&#x00E9; par les
Prol&#x00E9;taires, est d&#x00E9;finitivement consomm&#x00E9;, des int&#x00E9;r&#x00EA;ts n&#x00E9;glig&#x00E9;s devant le danger commun et
devenus plus pressants par les circonstances nouvelles se font jour. Le pouvoir de la Bourgeoisie, qui,
en pr&#x00E9;sence du pouvoir de la Noblesse, repr&#x00E9;sentait le Progr&#x00E8;s, ne repr&#x00E9;sente plus maintenant que
                                                                                       

                                                                                       
la stabilit&#x00E9; ; les besoins d&#8217;am&#x00E9;lioration pour le Peuple se font sentir, et demandent un organe. La
population ouvri&#x00E8;re s&#8217;est augment&#x00E9;e de huit millions, et la consommation ne saurait continuer sa
marche ascendante, si l&#8217;on ne consent &#x00E0; pr&#x00E9;parer au commerce des voies nouvelles, en changeant la
condition politique des Prol&#x00E9;taires et en les appelant &#x00E0; parlementer autrement que dans les rues de
Lyon.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 194--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-12000"  ></anchor>12</title>
<!--l. 195--><para>   Mais, si nous pouvons affirmer que les vues et les int&#x00E9;r&#x00EA;ts des deux Classes du Peuple sont
s&#x00E9;par&#x00E9;s, nous pouvons affirmer aussi qu&#8217;ils ne sont pas contradictoires, et que le progr&#x00E8;s devenu
n&#x00E9;cessaire pour le maintien des soci&#x00E9;t&#x00E9;s peut &#x00EA;tre achet&#x00E9; autrement que par la guerre civile. Les
Bourgeois et les Prol&#x00E9;taires sont li&#x00E9;s par une n&#x00E9;cessit&#x00E9; puissante, celle d&#8217;&#x00E9;viter que la
consommation ne soit soumise &#x00E0; aucun trouble&#x00A0;: les uns y perdent leurs jouissances, les autres leurs
salaires. II faut donc les admettre &#x00E0; concourir l&#x00E9;galement au pouvoir et &#x00E0; produire la loi par un
commun accord.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 203--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-13000"  ></anchor>13</title>
<!--l. 204--><para>   Sans doute, si l&#8217;imprudence des rois enveloppe l&#8217;Europe dans la m&#x00EA;l&#x00E9;e et ouvre de nouveau la
lice pour le duel &#x00E0; mort des sujets et des ma&#x00EE;tres, il sera question de batailles et non pas d&#8217;industrie,
et la puissance du nombre devra seule avoir le droit et la domination ; les th&#x00E9;ories d&#8217;harmonie et
d&#8217;organisation seront pour le jour o&#x00F9; il ne s&#8217;agira plus de vaincre ou de mourir, et la Presse,
semblable &#x00E0; la prudente d&#x00E9;esse des combats se jetant dans l&#8217;ar&#x00E8;ne sanglante, n&#8217;aura plus &#x00E0;
verser d&#8217;autre lumi&#x00E8;re que celle qui allume l&#8217;incendie, ni &#x00E0; enseigner d&#8217;autre parole
                                                                                       

                                                                                       
que celle qui &#x00E9;veille le tocsin des villages et fait lever les ba&#x00EF;onnettes des campagnes.
Mais jusque-l&#x00E0; faut-il demeurer insouciant ou immobile ? Ne faut-il pas indiquer la raison
profonde de cette politique anti-nationale qui, depuis deux ans, suit son cours en d&#x00E9;pit de la
r&#x00E9;sistance et des protestations ? Ne faut-il pas faire que la Classe Prol&#x00E9;taire puisse parler
&#x00E0; son tour et chercher rem&#x00E8;de &#x00E0; cette mis&#x00E8;re dont nul de ses ma&#x00EE;tres n&#8217;a souci ?
Ne faut-il pas que l&#8217;Europe apprenne que le Grand Peuple n&#8217;est point mort, et que si elle
ne reconna&#x00EE;t plus ni ses traits ni sa voix, c&#8217;est que quelques Bourgeois ne sont pas son
image&#x00A0; ?
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 218--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-14000"  ></anchor>14</title>
<!--l. 219--><para>   Il &#x00E9;tait &#x00E9;vident qu&#8217;un Gouvernement issu de la Classe Bourgeoise ne devait, au dedans et au
dehors, repr&#x00E9;senter d&#8217;autre int&#x00E9;r&#x00EA;t que celui de cette classe. C&#8217;est ce que, depuis Juillet, malgr&#x00E9; la
clameur universelle, il a ex&#x00E9;cut&#x00E9; avec une s&#x00E9;v&#x00E8;re et imperturbable logique ; c&#8217;est ce qui a fait
sacrifier la R&#x00E9;publique &#x00E0; la Quasi-Restauration ; c&#8217;est ce qui a fait sacrifier l&#8217;honneur du nom
fran&#x00E7;ais, le sang de la Pologne, la libert&#x00E9; de l&#8217;Espagne et de l&#8217;Italie &#x00E0; l&#8217;exigence et au
despotisme des rois ; c&#8217;est ce qui a fait sacrifier toute am&#x00E9;lioration du sort de la classe
ouvri&#x00E8;re &#x00E0; l&#8217;&#x00E9;troit &#x00E9;go&#x00EF;sme de la Classe Bourgeoise, sacrifier aux menues fantaisies d&#8217;un
fils de roi la somme destin&#x00E9;e &#x00E0; l&#8217;&#x00E9;ducation des fils de cent mille prol&#x00E9;taires ; c&#8217;est
ce qui a maintenu l&#8217;imp&#x00F4;t sur les boissons et sur le sel, et rejet&#x00E9; les bl&#x00E9;s &#x00E9;trangers
par-del&#x00E0; nos fronti&#x00E8;res ; c&#8217;est ce qui a ouvert nos provinces aux insolentes violences des
Carlistes, troubl&#x00E9; nos villes aux &#x00E9;clats de la voix des Prol&#x00E9;taires se frayant une issue sur
les places publiques, souill&#x00E9; nos r&#x00E9;giments du sang des citoyens, et r&#x00E9;pandu de toutes
parts sur le sol ces &#x00E9;tincelles qui allument la guerre civile au sein des nations. Et si l&#8217;on
                                                                                       

                                                                                       
vient citer le don de la liste civile et la proposition des c&#x00E9;r&#x00E9;ales pour pr&#x00E9;tendre que le
gouvernement n&#8217;a pas toujours strictement agi dans l&#8217;int&#x00E9;r&#x00EA;t de la classe dont il &#x00E9;tait issu,
je dirai que, dans les douze millions donn&#x00E9;s &#x00E0; Philippe, je vois le Bourgeois courtisan
essayant de faire briller avec de l&#8217;or son tr&#x00F4;ne quasi-royal, et dans l&#8217;importation des bl&#x00E9;s le
Bourgeois pr&#x00E9;voyant craignant d&#8217;&#x00E9;veiller la col&#x00E8;re du peuple et les &#x00E9;meutes de la
famine.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 239--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-15000"  ></anchor>15</title>
<!--l. 240--><para>   Voil&#x00E0; ce qu&#8217;a produit et ce que devait n&#x00E9;cessairement produire ce Gouvernement, qu&#8217;on a si bien
nomm&#x00E9; le Gouvernement des Bourgeois. L&#8217;&#x00E9;l&#x00E9;ment du progr&#x00E8;s lui manque, et &#x00E0; l&#8217;intervention
des Prol&#x00E9;taires est attach&#x00E9; l&#8217;avenir de la France.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 244--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-16000"  ></anchor>16</title>
<!--l. 245--><para>   J&#8217;ai essay&#x00E9; de montrer dans cet article que le salut et le progr&#x00E8;s de la France ne peuvent &#x00EA;tre
assur&#x00E9;s que par la repr&#x00E9;sentation v&#x00E9;ritable de ses int&#x00E9;r&#x00EA;ts ; j&#8217;ai prouv&#x00E9; que deux Classes, toutes
deux puissantes et toutes deux distinctes, composent la Nation, et que le bl&#x00E2;me vers&#x00E9; dans ces
derniers temps sur le Gouvernement Repr&#x00E9;sentatif ne tombait en r&#x00E9;alit&#x00E9; que sur le gouvernement
oligarchique.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 251--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-17000"  ></anchor>17</title>
<!--l. 252--><para>   J&#8217;aborderai directement la question dans un autre article, et montrerai comment le Gouvernement
                                                                                       

                                                                                       
Repr&#x00E9;sentatif (dont la Monarchie Anglaise, la Restauration Fran&#x00E7;aise, la R&#x00E9;forme en Angleterre et
le Gouvernement des &#x00C9;tats-Unis sont des p&#x00E9;riodes), accompagnant la civilisation dans son
mouvement progressif vers l&#8217;Egalit&#x00E9;, s&#8217;avoisine incessamment du Peuple, qui forme sa derni&#x00E8;re
limite ; je prouverai que la Classe Bourgeoise et la Classe Prol&#x00E9;taire, demeur&#x00E9;es seules en France &#x00E0;
la suite de la vaine tentative des Bourbons pour reconstruire la Noblesse, forment naturellement
l&#8217;&#x00E9;l&#x00E9;ment aristocratique et l&#8217;&#x00E9;l&#x00E9;ment populaire, n&#x00E9;cessaires au jeu et &#x00E0; l&#8217;&#x00E9;quilibre de ce
gouvernement ; et il sera alors facile de voir qu&#8217;en substituant en effet la Bourgeoisie &#x00E0; la Noblesse et
le Prol&#x00E9;tariat &#x00E0; la Bourgeoisie, l&#8217;opinion de tant d&#8217;esprits distingu&#x00E9;s qui se sont occup&#x00E9;s de cette
mati&#x00E8;re s&#8217;applique imm&#x00E9;diatement &#x00E0; la Repr&#x00E9;sentation simultan&#x00E9;e des Prol&#x00E9;taires et des
Bourgeois, et soutient de l&#8217;appui de son autorit&#x00E9; ce mouvement impos&#x00E9; par la n&#x00E9;cessit&#x00E9; des
temps.
   </para></section><!--end paragraph--></article>
                                                                                       


