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<!--translated from Leroux.tex, on 2003-08-30 14:57:00,  
by TeX4ht (http://www.cis.ohio-state.edu/~gurari/TeX4ht/mn.html) xhtml,docbook,refcaption --> 
 <article>
<articleinfo>
                                                                                       

                                                                                       
<title>Aux philosophes
De la situation actuelle de l&#8217;esprit humain</title>
<author><othername>PIERRE LEROUX - 1841</othername></author>
<date><graphic 
fileref="Leroux0x.gif"></graphic>                                                                                    &#x00A0;&#x00A0;Le
PI@NOTYPE 2002</date>
   </articleinfo>
                                                                                       

                                                                                       
   <!--l. 36--><section 
role="likesection"><title><anchor 
    id="x1-1000"  ></anchor>XXII</title>
   <!--l. 37--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-2000"  ></anchor>1</title>
<!--l. 37--><para>   Aux grandes &#x00E9;poques de r&#x00E9;novation, lorsqu&#8217;un ordre social tombe et qu&#8217;un monde nouveau va
na&#x00EE;tre, le g&#x00E9;nie du mal semble se d&#x00E9;cha&#x00EE;ner sur la terre. C&#8217;est que tous les &#x00E9;l&#x00E9;ments de la
pens&#x00E9;e humaine luttent confus&#x00E9;ment, comme dans le chaos. Il y alors une crise de douleur et
d&#8217;enfantement, de mis&#x00E8;re morale et physique excessive, de pleurs et de grincements de dents. C&#8217;est la
dissolution qui pr&#x00E9;c&#x00E8;de la vie nouvelle ; c&#8217;est l&#8217;agonie, la mort mais c&#8217;est aussi l&#8217;indice certain de la
renaissance. Ce que l&#8217;Humanit&#x00E9; attend c&#8217;est l&#8217;initiation &#x00E0; une nouvelle vie, c&#8217;est le programme de
sa marche nouvelle, c&#8217;est le signal de son d&#x00E9;part pour un nouveau ciel et une nouvelle
terre.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 50--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-3000"  ></anchor>2</title>
<!--l. 50--><para>   Quand les hommes commencent &#x00E0; douter de ce qu&#8217;ils ont cru, quand ils d&#x00E9;truisent ce qu&#8217;ils
avaient &#x00E9;lev&#x00E9;, ce travail s&#8217;appelle philosophie. Alors ceux qui ne pensent pas comme les autres
s&#8217;appellent les sages, les philosophes. Mais quand l&#8217;Humanit&#x00E9;, apr&#x00E8;s avoir bien cherch&#x00E9; avec les
philosophes, a trouv&#x00E9; la solution du probl&#x00E8;me qui l&#8217;occupait, elle se r&#x00E9;unit, s&#8217;accorde dans cette
solution ; et alors la philosophie s&#8217;appelle une religion. Les philosophies d&#x00E9;truisent les solutions
incompl&#x00E8;tes adopt&#x00E9;es par l&#8217;Humanit&#x00E9;, et cette &#0339;uvre importante pr&#x00E9;pare les religions qui doivent
leur succ&#x00E9;der et les ensevelir.
                                                                                       

                                                                                       
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 62--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-4000"  ></anchor>3</title>
<!--l. 62--><para>   Oui, et j&#8217;en ai pour garant la m&#x00EA;me loi de compensation n&#x00E9;cessaire et d&#8217;&#x00E9;quilibre in&#x00E9;vitable
dans l&#8217;esprit humain qui m&#8217;a servi de boussole et de preuve dans tout ce Discours ; oui, cette douleur
de notre &#x00E9;poque annonce l&#8217;enfantement d&#8217;une soci&#x00E9;t&#x00E9; nouvelle. L&#8217;esprit humain ne peut pas
concevoir l&#8217;enfer tout seul, l&#8217;enfer sans compensation, l&#8217;enfer sans paradis&#x00A0;: donc, puisque la science lui
a ravi son paradis imaginaire, il cherchera de nouveau et trouvera ce paradis qui lui est
n&#x00E9;cessaire. L&#8217;esprit humain ne peut pas concevoir le pr&#x00E9;sent sans avenir donc il d&#x00E9;laissera
l&#8217;idol&#x00E2;trie du pr&#x00E9;sent pour chercher l&#8217;avenir. L&#8217;esprit humain ne peut pas concevoir la
r&#x00E9;alit&#x00E9; sans id&#x00E9;al&#x00A0;: donc il reviendra &#x00E0; l&#8217;id&#x00E9;al. Il ne con&#x00E7;oit le d&#x00E9;sordre que parce
qu&#8217;il con&#x00E7;oit l&#8217;ordre&#x00A0;: donc l&#8217;ordre rena&#x00EE;tra. Il ne croit au hasard que parce qu&#8217;il est de sa
nature de croire &#x00E0; la Providence donc il abandonnera le culte du hasard pour le culte de la
Providence. II n&#8217;est ath&#x00E9;e que parce qu&#8217;il est de sa nature de croire en Dieu et d&#8217;aimer
Dieu&#x00A0;: donc il quittera l&#8217;ath&#x00E9;isme et reviendra &#x00E0; Dieu. De m&#x00EA;me que l&#8217;ombre n&#8217;existe
que par la lumi&#x00E8;re et &#x00E0; cause d&#8217;elle, de m&#x00EA;me le fini et toutes ses formes n&#8217;existent
que par l&#8217;infini et &#x00E0; cause de lui. La mort est l&#8217;ombre de la vie, le mal est l&#8217;ombre du
bien, l&#8217;id&#x00E9;e de hasard est l&#8217;ombre de l&#8217;id&#x00E9;e de providence, l&#8217;ath&#x00E9;isme est l&#8217;ombre de
la conception naturelle de Dieu. Toutes ces id&#x00E9;es de fini absolu, de pr&#x00E9;sent absolu, de
d&#x00E9;sordre absolu, de hasard absolu, d&#8217;ath&#x00E9;isme enfin, sont des id&#x00E9;es n&#x00E9;gatives qui n&#8217;ont par
elles-m&#x00EA;mes aucune existence. C&#8217;est, dans notre &#x00E2;me, l&#8217;ombre d&#8217;un nuage qui passe entre Dieu et
nous.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 91--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-5000"  ></anchor>4</title>
<!--l. 91--><para>   La vie reviendra &#x00E0; cette soci&#x00E9;t&#x00E9;, quand elle aura bien compris toute sa mis&#x00E8;re, et go&#x00FB;t&#x00E9;
                                                                                       

                                                                                       
jusqu&#8217;&#x00E0; la lie son adversit&#x00E9;. Croyez-vous que la longue s&#x00E9;rie de nos malheurs n&#8217;ait
d&#8217;autre but que de fournir des r&#x00E9;cits &#x00E0; l&#8217;histoire, et n&#8217;ait pas un sens providentiel pour nos
&#x00E2;mes ?
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 97--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-6000"  ></anchor>5</title>
<!--l. 97--><para>   Le mal est grand, me dira-t-on ; vous venez vous- m&#x00EA;me de le prouver. L&#8217;exc&#x00E8;s du mal,
r&#x00E9;pondrai-je de nouveau, am&#x00E8;ne le bien. Qui sait ? Dieu est peut-&#x00EA;tre plus pr&#x00E8;s de nous que nous
n&#8217;oserions l&#8217;esp&#x00E9;rer. S. Paul &#x00E9;tait bien loin de Dieu, lorsqu&#8217;il repoussait l&#8217;avenir en martyrisant les
Chr&#x00E9;tiens ; il rencontra Dieu, la v&#x00E9;rit&#x00E9;, l&#8217;avenir, au chemin de Damas. S. Paul, c&#8217;est la soci&#x00E9;t&#x00E9;
qui se transfigure.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 105--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-7000"  ></anchor>6</title>
<!--l. 105--><para>   Le Mosa&#x00EF;sme s&#8217;&#x00E9;tait d&#x00E9;j&#x00E0; transfigur&#x00E9; en J&#x00E9;sus, et S. Paul ne l&#8217;avait pas compris. Eh ! que
savez-vous si la v&#x00E9;rit&#x00E9; ancienne elle-m&#x00EA;me, nous apparaissant de nouveau, mais sans voile et sous
une nouvelle face, n&#8217;op&#x00E9;rera pas notre r&#x00E9;surrection et notre salut ?
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 111--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-8000"  ></anchor>7</title>
<!--l. 111--><para>   Ne disons-nous pas nous-m&#x00EA;mes tous les jours que l&#8217;Humanit&#x00E9; &#x00E9;tait fort abaiss&#x00E9;e quand le
Christianisme vint, et qu&#8217;elle se releva par le Christianisme ? Nous avons donc encore conscience en
nous- m&#x00EA;mes du Christianisme et de sa valeur, puisque nous parlons ainsi. II y a donc au fond de
notre &#x00E2;me un je ne sais quoi de religieux qui est invincible, quelque chose qui n&#8217;est pas le
                                                                                       

                                                                                       
Christianisme et qui le juge et l&#8217;appr&#x00E9;cie. Que savez-vous si ce n&#8217;est pas le Christianisme lui- m&#x00EA;me
qui se transfigure dans nos &#x00E2;mes ?
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 121--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-9000"  ></anchor>8</title>
<!--l. 121--><para>   Ce qui est certain, c&#8217;est que la connaissance que nous avons d&#x00E9;j&#x00E0; de notre &#x00E9;tat est un grand pas
pour en sortir. Or que viens-je de dire de la soci&#x00E9;t&#x00E9; actuelle que chacun ne pense et n&#8217;avoue ? Il suffit
de rentrer en soi dans le silence des passions, pour reconna&#x00EE;tre qu&#8217;il n&#8217;y a dans ce triste tableau de
l&#8217;&#x00E9;poque o&#x00F9; nous vivons ni exag&#x00E9;ration ni mensonge.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 128--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-10000"  ></anchor>9</title>
<!--l. 128--><para>   Les Chr&#x00E9;tiens faisaient, avec raison, descendre le pardon c&#x00E9;leste sur le p&#x00E9;cheur qui examinait
sa conscience. Telle est en effet la v&#x00E9;rit&#x00E9; psychologique. Dieu, le beau &#x00E9;ternel, le soleil de vie,
&#x00E9;claire instantan&#x00E9;ment l&#8217;&#x00E2;me qui se repent.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 134--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-11000"  ></anchor>10</title>
<!--l. 134--><para>   Et que faisons-nous encore chaque jour nous- m&#x00EA;mes, individuelle ment, quelque &#x00E9;loign&#x00E9;s que
nous soyons du Christianisme et de son culte ? que faisons-nous dans nos fautes et dans nos douleurs ?
Nous rentrons en nous-m&#x00EA;mes, et nous nous livrons au repentir. Le repentir nous lave et nous purifie.
Ensuite la vie nous revient.
                                                                                       

                                                                                       
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 141--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-12000"  ></anchor>11</title>
<!--l. 141--><para>   La vie reviendra pour la soci&#x00E9;t&#x00E9; quand elle se conna&#x00EE;tra bien elle- m&#x00EA;me, et que, sentant le
mal qui est en elle, elle se repentira.
</para><!--l. 145--><para>
   </para></section><!--end paragraph--></section><!--end likesection--><!--l. 145--><section 
role="likesection"><title><anchor 
    id="x1-13000"  ></anchor>XXIII</title>
   <!--l. 146--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-14000"  ></anchor>1</title>
<!--l. 146--><para>   Se repentira-t-elle comme l&#8217;entendent les pr&#x00EA;tres de la religion d&#x00E9;chue et tous les partisans du
pass&#x00E9; soit politique, soit religieux ? Apr&#x00E8;s avoir d&#x00E9;truit ses idoles, les rel&#x00E8;vera-t-elle ?
Rentrera-t-elle dans la voie d&#8217;o&#x00F9; elle est sortie ? Reprendra-t-elle ses anciennes erreurs ? Va-t-elle de
nouveau croire au ciel comme elle y croyait ? R&#x00EA;vera-t elle encore un paradis, un enfer, et un
purgatoire, en dehors de la r&#x00E9;alit&#x00E9; ? Dira-t-elle encore que le royaume de Dieu n&#8217;est pas de ce
monde ? Aura-t-elle deux ordres d&#8217;id&#x00E9;es essentiellement distincts, le r&#x00E8;gne de la nature et le r&#x00E8;gne
de la gr&#x00E2;ce ? Admettra-t-elle le mal absolu dans l&#8217;ordre de la nature, et en cons&#x00E9;quence
conc&#x00E9;dera-t-elle encore l&#8217;in&#x00E9;galit&#x00E9; sur la terre ? Va-t-elle donc r&#x00E9;&#x00E9;difier le pass&#x00E9;, et rendre &#x00E0; la
tiare et aux sceptres leur puissance ?
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 161--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-15000"  ></anchor>2</title>
<!--l. 161--><para>   Oh ! non. Ces talismans ont perdu &#x00E0; jamais leur puissance, et ce n&#8217;est pas ainsi que la soci&#x00E9;t&#x00E9;
actuelle se r&#x00E9;g&#x00E9;n&#x00E9;rera. Encore une fois, la terre et le ciel du pass&#x00E9;, comme l&#8217;homme les a compris,
                                                                                       

                                                                                       
sont &#x00E0; jamais d&#x00E9;truits.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 166--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-16000"  ></anchor>3</title>
<!--l. 166--><para>   Comment donc se r&#x00E9;g&#x00E9;n&#x00E9;rera-t-elle ?
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 168--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-17000"  ></anchor>4</title>
<!--l. 168--><para>   L&#8217;homme, dit le mythe juif, mit la main sur l&#8217;arbre de la connaissance, et il perdit le paradis. Mais
Dieu lui-m&#x00EA;me pr&#x00E9;vit d&#x00E8;s lors que l&#8217;homme retrouverait le paradis perdu.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 173--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-18000"  ></anchor>5</title>
<!--l. 173--><para>   Ce qu&#8217;on appelle la chute est, dans la Gen&#x00E8;se, un progr&#x00E8;s en m&#x00EA;me temps qu&#8217;une chute.
L&#8217;homme arrive &#x00E0; la connaissance avec &#x00E9;go&#x00EF;sme, et voil&#x00E0; son p&#x00E9;ch&#x00E9; ; c&#8217;est par la mani&#x00E8;re
dont il acquiert la connaissance qu&#8217;il y a chute. Mais la connaissance qu&#8217;il a acquise n&#8217;en est pas moins
un progr&#x00E8;s ; et par elle l&#8217;homme, suivant la lettre m&#x00EA;me du symbole, devient semblable &#x00E0; Dieu &#171; Et
l&#8217;&#x00C9;ternel Dieu dit&#x00A0;: Voici, l&#8217;homme est devenu comme l&#8217;un de nous, sachant le bien et le mal
<anchor 
    id="x1-18001f1"  ></anchor>Gen&#x00E8;se, ch. III, v. 22.
&#187;
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 183--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-19000"  ></anchor>6</title>
                                                                                       

                                                                                       
<!--l. 183--><para>   Or que dit ensuite la Gen&#x00E8;se ? Ce progr&#x00E8;s, qui est un mal, un p&#x00E9;ch&#x00E9;, une chute &#x00E0; cause
de l&#8217;inspiration qui l&#8217;a con&#x00E7;u, &#x00E9;tant accompli, Dieu, suivant la Bible, nous provoque
&#x00E0; un divin combat&#x00A0;: &#171; Et l&#8217;&#x00C9;ternel Dieu dit&#x00A0;: Voici, l&#8217;homme est devenu comme l&#8217;un de
nous, sachant le bien et le mal. Mais maintenant il faut prendre garde qu&#8217;il n&#8217;avance sa
main, et ne prenne aussi de l&#8217;arbre de vie, et qu&#8217;il n&#8217;en mange et ne vive &#x00E0; toujours
<anchor 
    id="x1-19001f2"  ></anchor>ibid. &#187; Ainsi
Dieu lui- m&#x00EA;me nous incite &#x00E0; d&#x00E9;truire l&#8217;effet du p&#x00E9;ch&#x00E9; sans d&#x00E9;truire la science acquise, sans
retourner aux t&#x00E9;n&#x00E8;bres.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 194--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-20000"  ></anchor>7</title>
<!--l. 194--><para>   Et nous aussi, comme l&#8217;Adam de la Gen&#x00E8;se, qui n&#8217;est que le type de l&#8217;Humanit&#x00E9;, nous sommes
sortis de la demeure que le Christianisme nous avait faite, et nous en sommes sortis en portant la main
sur l&#8217;arbre de la science. L&#8217;&#x00C9;den magique a disparu &#x00E0; nos yeux, et nous sommes aujourd&#8217;hui errants
sur la terre.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 201--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-21000"  ></anchor>8</title>
<!--l. 201--><para>   Mais nous ne retournerons pas pour cela aux t&#x00E9;n&#x00E8;bres.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 204--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-22000"  ></anchor>9</title>
<!--l. 204--><para>   Qui nous a perdus ? Un progr&#x00E8;s &#8212; Qui nous sauvera ? Un nouveau progr&#x00E8;s.
                                                                                       

                                                                                       
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 207--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-23000"  ></anchor>10</title>
<!--l. 207--><para>   Nous avons la science, ayons la vie. C&#8217;est sur l&#8217;arbre de la vie, dit la Gen&#x00E8;se, qu&#8217;il faut mettre la
main quand on a port&#x00E9; la main sur l&#8217;arbre de la science.
</para><!--l. 211--><para>
   </para></section><!--end paragraph--></section><!--end likesection--><!--l. 211--><section 
role="likesection"><title><anchor 
    id="x1-24000"  ></anchor>XXIV</title>
   <!--l. 212--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-25000"  ></anchor>1</title>
<!--l. 212--><para>   Ils sont bien vieux, me dira-t-on, ces mythes que vous all&#x00E9;guez pour nous donner courage et
confiance !
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 215--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-26000"  ></anchor>2</title>
<!--l. 215--><para>   Il est vrai ; entre nous et ceux que nous supposons les avoir &#x00E9;crits, quatre mille ans peut-&#x00EA;tre !
Mais qu&#8217;importe ? Vieux, ils sont jeunes car la v&#x00E9;rit&#x00E9; est toujours la m&#x00EA;me en essence, &#x00E9;ternelle,
infinie, immuable ; l&#8217;esprit humain aussi est le m&#x00EA;me en essence. La lumi&#x00E8;re, donc, n&#8217;a pas chang&#x00E9;,
et l&#8217;&#0339;il re&#x00E7;oit toujours la lumi&#x00E8;re.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 222--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-27000"  ></anchor>3</title>
<!--l. 222--><para>   La science, c&#8217;est l&#8217;analyse.
                                                                                       

                                                                                       
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 223--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-28000"  ></anchor>4</title>
<!--l. 223--><para>   La vie, c&#8217;est la synth&#x00E8;se.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 224--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-29000"  ></anchor>5</title>
<!--l. 224--><para>   Le mal, c&#8217;est la s&#x00E9;pararation, la division, la fragmentation, l&#8217;&#x00E9;go&#x00EF;sme.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 227--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-30000"  ></anchor>6</title>
<!--l. 227--><para>   Le bien, c&#8217;est l&#8217;unit&#x00E9;.
</para><!--l. 229--><para>
   </para></section><!--end paragraph--></section><!--end likesection--><!--l. 229--><section 
role="likesection"><title><anchor 
    id="x1-31000"  ></anchor>XXV</title>
   <!--l. 230--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-32000"  ></anchor>1</title>
<!--l. 230--><para>   Ainsi, le c&#0339;ur afflig&#x00E9; des maux de notre &#x00E9;poque, nous concevons cependant une grande
esp&#x00E9;rance, et nous pressentons le temps o&#x00F9; l&#8217;Humanit&#x00E9; rena&#x00EE;tra en comprenant l&#8217;Unit&#x00E9; ; car
l&#8217;Unit&#x00E9;, c&#8217;est la Vie.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 235--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-33000"  ></anchor>2</title>
                                                                                       

                                                                                       
<!--l. 235--><para>   Il en est de la soci&#x00E9;t&#x00E9; comme de tous les &#x00EA;tres, et aussi comme de toutes les oeuvres du g&#x00E9;nie
de l&#8217;homme, de tous les ouvrages de l&#8217;art, de toutes les machines. La vie ne se manifeste que dans
l&#8217;unit&#x00E9; ; elle dispara&#x00EE;t quand l&#8217;unit&#x00E9; cesse. &#171; Dans la vie, dit Hippocrate, tout concourt et tout
consent. &#187; C&#8217;est une des plus profondes d&#x00E9;finitions qu&#8217;on ait encore donn&#x00E9;es de la vie ; et elle
s&#8217;applique aussi bien &#x00E0; la vie collective ou sociale qu&#8217;&#x00E0; la vie organique de l&#8217;individu ; elle est
vraie de l&#8217;&#x00EA;tre m&#x00E9;taphysique soci&#x00E9;t&#x00E9; comme de l&#8217;&#x00EA;tre physiologique qu&#8217;on appelle
animal ; elle est vraie de cette cr&#x00E9;ation secondaire qui est donn&#x00E9;e &#x00E0; l&#8217;homme, et dont le
chef- d&#8217;oeuvre est incontestablement la SOCI&#x00C9;TE, comme de la cr&#x00E9;ation divine, prise
soit dans son ensemble, soit dans chacun de ses d&#x00E9;tails ; elle est vraie, en un mot, que
vous consid&#x00E9;riez une plante, un animal, une oeuvre d&#8217;art, une machine, une soci&#x00E9;t&#x00E9;, ou
l&#8217;univers.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 252--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-34000"  ></anchor>3</title>
<!--l. 252--><para>   Or il y a des &#x00E9;poques o&#x00F9; l&#8217;unit&#x00E9; r&#x00E8;gne dans la connaissance humaine, d&#8217;autres o&#x00F9; c&#8217;est la
discorde et l&#8217;anarchie. Dans le premier cas, il y a soci&#x00E9;t&#x00E9; ; dans l&#8217;autre, une simple agglom&#x00E9;ration
d&#8217;hommes, et une crise de douleur semblable &#x00E0; ces crises de notre corps o&#x00F9; les principes de deux
&#x00E2;ges diff&#x00E9;rents luttent confus&#x00E9;ment dans tout l&#8217;organisme et mettent l&#8217;existence en
danger.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 260--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-35000"  ></anchor>4</title>
<!--l. 260--><para>   Alors gisent s&#x00E9;par&#x00E9;s les diff&#x00E9;rents membres de la connaissance humaine, la politique
d&#8217;un c&#x00F4;t&#x00E9;, l&#8217;art d&#8217;un autre, la science d&#8217;un autre, et d&#8217;un autre encore l&#8217;industrie, qui
                                                                                       

                                                                                       
n&#8217;est qu&#8217;une application de la science &#x00E0; la nature ext&#x00E9;rieure. Rien ne concourt, rien ne
consent, pour r&#x00E9;p&#x00E9;ter l&#8217;admirable expression d&#8217;Hippocrate. Ce n&#8217;est donc plus un corps ;
ce sont les membres s&#x00E9;par&#x00E9;s d&#8217;un cadavre, lesquels, en tant qu&#8217;on les consid&#x00E8;re en
eux-m&#x00EA;mes, peuvent encore vivre d&#8217;une vie propre, mais n&#8217;ont plus de vie commune. La
relation qui les unissait &#x00E9;tant d&#x00E9;truite, la soci&#x00E9;t&#x00E9; est par l&#x00E0; m&#x00EA;me d&#x00E9;truite, puisque
la vie, qui ne pouvait couler dans la soci&#x00E9;t&#x00E9; qu&#8217;&#x00E0; cause de cette relation, ne le peut
plus.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 273--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-36000"  ></anchor>5</title>
<!--l. 273--><para>   Quelle est la vie d&#8217;un membre s&#x00E9;par&#x00E9; du corps, et ayant perdu les relations o&#x00F9; il &#x00E9;tait dans la
vie g&#x00E9;n&#x00E9;rale du corps ? C&#8217;est de pourrir, de se d&#x00E9;composer, pour passer ensuite, par ses
&#x00E9;l&#x00E9;ments, dans de nouveaux corps. Et ces ph&#x00E9;nom&#x00E8;nes, que nous appelons mort, sont encore de la
vie, de la vie &#x00E0; part, si je puis parler ainsi, mais de la vie ; car la mort absolue est une pure conception
de notre esprit.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 281--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-37000"  ></anchor>6</title>
<!--l. 281--><para>   Et de m&#x00EA;me, s&#x00E9;par&#x00E9;s et ayant perdu leurs connexions qui constituaient le corps social, quelle
est la vie &#x00E0; part de la politique, de l&#8217;art, de la science, de l&#8217;industrie ?
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 286--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-38000"  ></anchor>7</title>
<!--l. 286--><para>   L&#8217;industrie produit la richesse ; mais la richesse mal distribu&#x00E9;e engendre tous les vices et toutes
                                                                                       

                                                                                       
les mis&#x00E8;res. La science amasse une immense &#x00E9;rudition de faits, d&#x00E9;couvre d&#8217;importantes v&#x00E9;rit&#x00E9;s ;
mais la science, absorb&#x00E9;e dans les d&#x00E9;tails et priv&#x00E9;e de la vue de l&#8217;ensemble, devient la plus aveugle
des c&#x00E9;cit&#x00E9;s, et la science sans la charit&#x00E9; produit tous les doutes et toutes les mis&#x00E8;res morales.
L&#8217;art, c&#8217;est-&#x00E0;-dire le sentiment, ne voyant autour de lui que cette d&#x00E9;composition du corps social,
tombe dans le spleen et dans l&#8217;ath&#x00E9;isme, ou revient aux conceptions du pass&#x00E9;, et produit mille
monstres semblables aux r&#x00EA;ves du malade que la fi&#x00E8;vre d&#x00E9;vore dans une crise terrible..., qui va le
sauver.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 299--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-39000"  ></anchor>8</title>
<!--l. 299--><para>   Quant &#x00E0; la politique, elle est nulle &#x00E9;videmment, puisque sa fonction &#x00E9;tait de pr&#x00E9;sider &#x00E0; cette
unit&#x00E9; qui n&#8217;existe plus, puisque c&#8217;&#x00E9;tait elle qui &#x00E9;tablissait dans la r&#x00E9;alit&#x00E9; vivante ces relations, ce
concours qui ne sont plus. Elle se r&#x00E9;duit donc, pour les hommes que l&#8217;on appelle encore gouvernants
&#x00E0; de telles &#x00E9;poques, et qui n&#8217;ont pas le sens de la restauration de la soci&#x00E9;t&#x00E9;, &#x00E0; je ne sais
quelle agitation &#x00E9;go&#x00EF;ste, qui n&#8217;a d&#8217;autre mobile que leur int&#x00E9;r&#x00EA;t ou leur vanit&#x00E9;. Et
n&#x00E9;anmoins, quoique alors la politique soit bien v&#x00E9;ritablement nulle et compl&#x00E8;tement
an&#x00E9;antie, &#x00E0; tel point m&#x00EA;me que son essence est ni&#x00E9;e et que son id&#x00E9;e est tout &#x00E0; fait
obscurcie pour tous, il arrive cependant que toutes les douleurs que la soci&#x00E9;t&#x00E9; ressent
dirigent presque exclusivement Son attention de ce c&#x00F4;t&#x00E9; ; et, chose singuli&#x00E8;re, mais
&#x00E9;videmment n&#x00E9;cessaire, jamais on ne s&#8217;occupe tant de la politique que lorsque la politique est
an&#x00E9;antie.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 316--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-40000"  ></anchor>9</title>
                                                                                       

                                                                                       
<!--l. 316--><para>   Toute cette fermentation de la mort pour engendrer la vie, toute cette agitation inqui&#x00E8;te et sombre,
hagarde et comme insens&#x00E9;e, qui a lieu &#x00E0; ces &#x00E9;poques, principalement dans la sph&#x00E8;re des id&#x00E9;es
politiques et dans l&#8217;art, peut tromper celui qui n&#8217;y regarde pas de pr&#x00E8;s ; il peut prendre les
ph&#x00E9;nom&#x00E8;nes qui se passent sous ses yeux pour de la vie, son &#x00E9;poque pour une &#x00E9;poque semblable
aux p&#x00E9;riodes ant&#x00E9;rieures. Mais celui qui contemple attentivement n&#8217;en prononce pas moins que c&#8217;est
la mort du corps social, et sait en m&#x00EA;me temps que ces ph&#x00E9;nom&#x00E8;nes sont n&#x00E9;cessaires pour former
l&#8217;unit&#x00E9; nouvelle.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 328--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-41000"  ></anchor>10</title>
<!--l. 328--><para>   On r&#x00E9;p&#x00E8;te tous les jours que les soci&#x00E9;t&#x00E9;s ne meurent pas ou ne meurent plus, par opposition
aux petites soci&#x00E9;t&#x00E9;s de l&#8217;antiquit&#x00E9;. Autant vaudrait dire que rien ne meurt, puisqu&#8217;en effet les
&#x00E9;l&#x00E9;ments ne meurent pas. Certes les g&#x00E9;n&#x00E9;rations ne s&#8217;&#x00E9;teignent pas sans se reproduire. L&#8217;erreur
vient de ce qu&#8217;on ne consid&#x00E8;re pas ce qu&#8217;il faut entendre par soci&#x00E9;t&#x00E9;. La soci&#x00E9;t&#x00E9;, ce ne sont pas
les hommes, les individus qui composent un peuple. C&#8217;est la relation g&#x00E9;n&#x00E9;rale de ces hommes entre
eux, c&#8217;est cet &#x00EA;tre m&#x00E9;taphysique, harmonieuse unit&#x00E9; form&#x00E9;e par la science, l&#8217;art, l&#8217;industrie,
et la politique, qui est la soci&#x00E9;t&#x00E9; ; et c&#8217;est cet &#x00EA;tre qui meurt. Alors tout ce qui &#x00E9;tait
fonction de vie, tout ce qui concourait et consentait, devient fonction de d&#x00E9;composition et de
mort.
   </para></section><!--end paragraph--><!--l. 342--><section 
role="paragraph"><title><anchor 
    id="x1-42000"  ></anchor>11</title>
<!--l. 342--><para>   Ainsi un bel animal, chef-d&#8217;&#0339;uvre de la cr&#x00E9;ation il marche, il s&#8217;&#x00E9;lance, il franchit les hautes
montagnes ; il respire, il sent, il a de la m&#x00E9;moire, il aime, il engendre. Consid&#x00E9;rez-le maintenant sous
                                                                                       

                                                                                       
le scalpel de l&#8217;anatomiste&#x00A0;: voil&#x00E0; son coeur et ses art&#x00E8;res, mais ils ne battent plus ; ses nerfs, ses
muscles, ses os, mais plus de mouvement, plus de vie ; au lieu de cette vie d&#8217;ensemble, de cette vie
unitaire, une vie de d&#x00E9;composition, une vie de mort, pour ainsi dire, a commenc&#x00E9; partout. L&#8217;unit&#x00E9;
de son &#x00EA;tre est d&#x00E9;truite.
   </para></section><!--end paragraph--></section><!--end likesection--></article>
                                                                                       


