
A pérennité des textes a longtemps reposé sur la mémoire des hommes. Cette faculté, considérée du temps de la Grèce antique comme la mère des arts, fut l’objet d’études, de traités et d’enseignement. La méthode mnémotechnique dite des lieux de mémoire s’est transmise et améliorée jusqu’à l’invention du livre imprimé [[???1]].
La méthode des lieux de mémoire repose sur l’association de lieux (loci) à des images mentales (imagines) : on dépose mentalement, en un lieu choisi, une image évoquant l’entité à mémoriser (texte entier ou péricope). L’évocation du lieu et de l’image permet ultérieurement le rappel de l’élément mémorisé. L’invention de ce procédé est attribué au poète grec SIMONIDE DE CéOS (556-468 ? avant J.C.).
QUINTILIEN (35-95 ? après J.C.), maître latin de la rhétorique, développe cette méthode en y introduisant une composante architecturale : les imagines seront déposées dans les loci d’un bâtiment dans lequel on se déplace mentalement.
En 1491, Pierre de RAVENNE publie Phoenix, sive Artificiosa Memoria dans lequel il affirme que les meilleurs loci sont dans les églises désertes.
Les détenteurs de cet art de la mémoire seraient parvenus à bâtir des édifices aux dimensions monumentales. Pierre de RAVENNE, par exemple, s’est dit capable de réciter deux cents discours de Cicéron, l’ensemble du droit canon et vingt mille points du droit civil.
Cependant, l’architecture de ces édifices savants, cathédrales invisibles, est personnelle, subjective, secrète.