%% O, what a tangled web we weave
%% When first we practise to deceive !
%% Sir Walter SCOTT
%% Marmion 6:17, 1808

%% O, what a tangled WEB we weave
%% when TEX we practise to conceive !
%% Richard PALAIS, 1982

 

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\hypersetup{
     pdftitle={La mémoire du Texte},
     pdfsubject={histoire du document numérique},
     pdfauthor={\textcopyright\ Patrice GUERPILLON},
     pdfkeywords={HISTOIRE DOCUMENT NUMERIQUE INFORMATIQUE DOCUMENTATION},
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\selectlanguage{french}
 
\title{La mémoire du texte : \\ antiquité et modernité}
\author{Patrice {\sc Guerpillon}}
\date{\textcopyright\ {\fontfamily{hlh}\selectfont\ Le PI@NOTYPE 2002}}
\maketitle
 
\begin{abstract}
Jusqu'à l'invention du livre imprimé, la pérennité des textes a
essentiellement reposé sur l'exercice de la mémoire individuelle.
La méthode mnémotechnique dite des \textit{lieux de mémoire}
était très répandue.
L'imprimerie a longtemps éclipsé cet art antique
de la mémoire.
Pourtant l'ordinateur d'aujourd'hui est le lieu de rencontre de ces
deux architectures de la mémoire.
\end{abstract}
 
%% -> voir page 1
 
\newpage
 
\begin{flushright}
\textit{Il y a un lien secret \\ 
entre l'antiquité et la modernité.} \\
Pierre {\sc Leroux} (Paris 1797-1871)
\vspace{0.5cm}
 
\textit{O, what a tangled web we weave \\ 
When first we practise to deceive !} \\
Sir Walter {\sc Scott}, Marmion 6:17 (1808)
\vspace{0.5cm}
 
\textit{O, what a tangled WEB we weave \\
 when \TeX\ we practise to conceive !} \\
Richard {\sc Palais} (1982)
\end{flushright}
 
%\tableofcontents
 
\begin{multicols}{2}
 
\section{Les lieux de mémoire}
\lettrine{L}{a} pérennité des textes a longtemps reposé sur la mémoire
des hom\-mes.
Cette faculté, considérée du temps de la Grèce antique comme la mère des
arts, fut l'objet d'études, de traités et d'enseignement.
La méthode mnémotechnique dite des \textit{lieux de mémoire}
s'est transmise et améliorée jusqu'à l'invention du livre
imprimé \cite{Boorstin}.
 
La méthode des \textit{lieux de mémoire} repose sur l'association de
lieux \textit{(loci)} à des images mentales \textit{(imagines)} :
on dépose  mentalement, en un lieu choisi, une image évoquant
l'entité à mémoriser (texte entier ou péricope).
L'évocation du lieu et de l'image permet ultérieurement
le rappel de l'élément mémorisé. L'invention de ce
procédé est attribué au poète grec
{\sc Simonide de Céos}\index{Simonide de C\'eos} (556-468 ? avant J.C.).
 
{\sc Quintilien} (35-95 ? après J.C.),
maître latin de la rhétorique,
développe cette méthode en y introduisant une composante
architecturale : les \textit{imagines} seront déposées dans les 
\textit{loci} d'un bâtiment dans lequel on se déplace mentalement.  \index{Quintilien}
 
En 1491, Pierre de {\sc Ravenne} 
publie \textbf{Phoenix, sive Artificiosa Memoria} 
dans lequel il affirme que les meilleurs \textit{loci} sont 
dans les églises désertes.\index{Pierre de Ravenne}
 
Les détenteurs de cet art de la mémoire seraient parvenus
à bâtir des édifices aux dimensions mo\-nu\-men\-ta\-les. 
Pierre de {\sc Ravenne}, 
par exemple, s'est dit capable de 
réciter deux cents discours de {\sc Cicéron}, 
l'ensemble du droit canon et vingt mille points du droit civil.  
 
Cependant, l'architecture de ces édifices savants, 
\textit{cathédrales invisibles}, 
est personnelle, subjective, secrète. 
 
\section{Une nouvelle architecture}
Selon Daniel {\sc Boorstin}, \index{Daniel Boorstin}
la diffusion du livre imprimé aurait contribué à la 
disparition de l'art de bâtir des \textit{cathédrales invisibles}.
 
 
De fait, la page imprimée deviendra le module de nouveaux édifices 
de mémoire. 
 
L'évolution de l'impression des textes, des textes sacrés notamment, 
témoigne de l'émergence d'une nouvelle architecture devenant 
progressivement visible et intersubjective.  
 
\subsection{La segmentation du texte}
Ayant pour objectif premier de reproduire fidèlement les manuscrits, 
les premiers imprimeurs n'ont pas apporté de modification à leur  
présentation. 
 
L'étude critique des textes bibliques menée pendant la Renaissance 
semble être à l'origine de la segmentation moderne des textes \cite{Frey}.
 
\subsubsection{Les segmentations antiques}
Les premiers manuscrits ne comportent pas d'espace entre les mots ; la
ponctuation y est exceptionnelle {\textit{(scriptio continua)}}. Ils ne montrent 
aucune marque de 
division sémantique.
La segmentation du texte a longtemps obéi à une seule 
contrainte : la largeur des feuillets amenant le copiste à effectuer des 
retours à la ligne et à marquer 
des césures. Le texte est encore la transcription d'un récit oral 
dont la linéarité est artificiellement interrompue par les dimensions 
du support d'écriture.
 
\begin{description}
\item{\textit{La stichométrie.}} La segmentation des textes en 
\textit{stichos} 
est observable sur certains codices. Le stichos correspondait à une 
une ligne type égale à la longueur d'un alexandrin.
La segmentation d'un texte en stichos aurait servi d'une part à calculer 
le salaire des copistes, et d'autre part à contrôler l'exactitude des  
copies réalisées. Il existait des relevés stichométriques indiquant le
nombre de stichoi de chaque livre biblique. Ainsi, on comptant les 
stichoi d'une copie on pouvait déterminer si celle-ci comportait ou non 
des erreurs. 
 
\item{\textit{La colométrie.}} Avec la colométrie apparaît une disposition 
du texte obéissant à un critère sémantique. 
Selon B.{\sc Botte}, repris par 
 {\sc Frey}, 
<< la disposition colométrique
-- per cola et commata -- est au contraire une disposition qui regroupe  
en courtes lignes les mots qui doivent être unis dans la lecture. 
Le \textbf{codex de Bezae} est un des plus anciens manuscrits en 
colométrie >>.
Le texte est alors divisé en strophes marquées par des alinéas 
dont l'initiale déborde dans la marge. 
 
Certains manuscrits 
(\textbf{Alexandrinus} et \textbf{Vaticanus}) disposent le texte en 
regroupant plusieurs stophes à l'intérieur d'un chapitre
(\textit{capitula} en latin, \textit{kephalaion} en grec). Les chapitres 
comportent des titres \textit{titloi} ou \textit{tituli} étant soit 
placés au début de chaque section, soit groupés en tête du document 
pour en former le sommaire. Quand une numérotation apparaît, elle 
porte sur les césures plutôt que sur les chapitres.
\end{description}
 
\subsubsection{La segmentation moderne}
L'établissement de correspondances entre les 
livres composant la \textbf{Bible} est à l'origine de différentes 
segmentations : sections ammoniennes, canons 
d'{\sc Eusèbe}, 
système littéral de 
Hugues de {\sc Saint-Cher}, 
subdivisions saint chrétiennes.
 
Robert {\sc Estienne} \index{Robert Estienne}
est l'auteur de la segmentation moderne de la \textbf{Bible} 
en chapitres et versets numérotés. 
C'est avec l'édition de 1551 de son \textbf{Nouveau Testament} 
grec (le \textbf{Textus Receptus}) que s'imposera ce système. 
La numérotation est encore portée dans la marge du texte.
La segmentation stéphanienne, adoptée d'abord par les communautés 
protestantes, est approuvée par les catholiques en 1592. Elle est 
depuis lors la référence des ouvrages bibliques.
 
L'insertion de la numérotation dans le texte est due à Théodore de 
{\sc Bèze}, en 1565. 
C'est à partir de cette date que le livre présente 
l'aspect logique et visuel que nous lui connaissons : utilisation de la 
typographie pour mettre en valeur une segmentation devenue sémantique, 
hiérachique et intersubjective.
 
Robert {\sc Estienne} 
et Théodore de {\sc Bèze} ont inventé
l'architecture moderne du texte, donné forme aux nouveaux lieux 
de mémoire.
 
\section{Un lectionnaire contemporain}
En 1991, Donald E. {\sc Knuth} \index{Donald E. Knuth} a publié
\textbf{3:16 Bible Texts Illuminated} \cite{Knuth316}. 
Ce livre est un lectionnaire illustré des 
versets 16, chapitres 3, des différents livres de la \textbf{Bible}.
 
Par ses sources l'ouvrage semble appartenir au passé. 
Mais il est résolument moderne.  
Texte et illustrations ont été entièrement 
conçus sur des claviers et des écrans d'ordinateurs. 
{\sc Knuth} à composé le texte avec 
\TeX\ dont il est l'inventeur. 
Les illustrations ont été réalisées par 60 calligraphes et typographes 
originaires de 26 pays au moyen 
d'un logiciel de création graphique d'{\sc Adobe}. 
 
\end{multicols}
 
\begin{figure}
\centering
\mbox{\epsfig{file=john316.eps,width=10cm}}
\caption{Une calligraphie de Hermann {\sc Zapf} --- 1991}
\index{Herman Zapf}
\end{figure} 
 
 
\begin{multicols}{2}
L'informaticien rend hommage aux architectes du livre. Les maîtres 
de l'art saluent l'informaticien.
 
L'événement éditorial que constitue cet ouvrage témoigne du fait 
qu'un lien demeure toujours entre l'antiquité et la modernité. 
 
\section{Mémoires pour le futur}
De nouveaux édifices seront donc bâtis avec de nouveaux outils. 
L'écran de l'ordinateur et le manuscrit éléctronique sont les
édifices de mémoire du futur.
 
\subsection{L'écran de l'ordinateur}
Sur l'écran de l'ordinateur les programmeurs ont récemment 
implanté des interfaces graphiques 
affichant fenêtres, icônes et boutons. 
Avec ces éléments chacun peut bâtir une structure personnelle 
donnant accès à une 
quantité d'information toujours plus grande. 
Les développements récents de ces interfaces 
(simulation de déplacements dans des espaces en trois dimensions) 
suggèrent que l'art de {Simonide} 
peut encore apporter une 
solution pratique au problème posé par l'accroissement 
des données informatiques. 
 
\subsection{Le manuscrit éléctronique}
Lisibilité, pérennité et universalité des documents (programmes 
informatiques y compris)
sont au c{\oe}ur des projets de l'informatique d'aujourd'hui. 
Les informaticiens proposent déjà quelques solutions allant en ce sens. 
Plusieurs d'entre elles présentent la caractéristique d'utiliser 
des langages (et métalangages) permettant 
de donner une description sémantique et hiérachique des textes.
 
\begin{description}
\item{\textit{SGML/XML.}} Inventé par Charles F. {\sc Goldfarb} \index{Charles F. Goldfarb}
, SGML 
(Standardized General Markup Language) est une norme internationale 
(ISO 8879:1986) \cite{Herwijnen}. 
Un document décrit avec SGML ne comporte aucune référence à 
une presentation visuelle donnée, 
d'autre part il est indépendant de tout logiciel ou matériel. 
La technique des \textit{formes architecturales} 
et des \textit{adresses de lieu} permet de 
créer des liens entre plusieurs documents. 
 
\item{\textit{\LaTeX.}} Utilisant (comme SGML) la technique du 
\textit{balisage générique}, \LaTeX\ donne une description 
sémantique et hiérarchique des documents \cite{Lamport}.
Toutefois le document est dédié au logiciel \TeX\ pour 
lequel Leslie {\sc Lamport} 
a développé \LaTeX. \index{Leslie Lamport}
 
\item{\textit{WEB.}} Sytème de documentation structurée, 
WEB permet de construire et de documenter 
des programmes utilisant les langages informatiques les plus variés 
\cite{Knuth-web}. 
WEB, initialement mis au point par Donald E. {\sc Knuth}  \index{Donald E. Knuth}
pour l'écriture 
de \TeX\ en PASCAL, est aujourd'hui indépendant de tout langage particulier.
Un programme conçu avec 
WEB (programmation littéraire) est traité comme un texte à part entière : segmentation 
sémantique et hiérachique, références croisées, index, table des matières, 
enrichissements typographiques. 
 
\item{\textit{\TeX4ht.}}Ce programme d'Eitan {\sc Gurari} \index{Eitan Gurari} rend les documents \LaTeX\ indépendants de \TeX\ . \LaTeX\ 
devient un métalange pouvant générer différent langages (dtd HTML 3.2, HTML 4,
XHTML, TEI, DOCBOOK). \cite{Goosens}\cite{Popineau}
 
\end{description}
 
\section{Conclusion}
L'écran de l'ordinateur et le manuscrit électronique sont des {\oe}u\-vres 
de la modernité. Cependant, un lien demeure entre ces objets 
techniques --- des plus sophistiqués de notre époque --- et le passé :  
l'écran bâti avec les interfaces graphiques métamorphose
l'art antique de {\sc Simonide}, 
tandis que le manuscrit électronique renouvelle l'art de 
Robert {\sc Estienne} 
et Théodore de {\sc Bèze}. 
 
L'ordinateur d'aujourd'hui est le lieu de recontre de ces deux 
architectures de la mémoire.
 
\end{multicols}
\newpage
 
\begin{thebibliography}{99}
 
\bibitem{Boorstin}
Daniel {\sc Boorstin}. \emph{Les découvreurs},
Seghers, 1986
 
\bibitem{Desgraupes}
Bernard {\sc Desgraupes}. \emph{\LaTeX\ , Apprantissage, guide et référence},
Vuibert, 2000
 
\bibitem{Frey}
Louis {\sc Frey}. \emph{Analyse ordinale des évangiles synoptiques},
Mouton/Gauthier-Villars, 1972
 
\bibitem{Goosens}
Michel {\sc Goosens} et Sebastian {\sc Ratz}. \emph{The \LaTeX\ Web Companion},
Addison-Wesley Publishing Company, 1999
 
\bibitem{Herwijnen}
Eric van {\sc Herwijnen}. \emph{SGML Pratique},
International Thomson Publishing France, 1995
 
\bibitem{Knuth316}
Donald E. {\sc Knuth}. \emph{3:16 Bible Texts Illuminated},
A-R Editions, 1991
 
\bibitem{Knuth-web}
Donald E. {\sc Knuth}, Silvio {\sc Levy}. \emph{The CWEB System
of Structured Documentation},
Addison-Wesley Publishing Company, 1994
 
\bibitem{Lamport}
Leslie {\sc Lamport}. \emph{\LaTeX\ A Document Preparation System},
Addison-Wesley Publishing Company, 1994
 
\bibitem{Popineau}