Sur la question qui embrasse l’organisation actuelle du pays, celle de l’impôt, désaccord.
La Classe Prolétaire produit la richesse, en distrait pour son profit le strict nécessaire,
et abandonne tout le reste au domaine de la Classe Bourgeoise : c’est sur ce domaine des Bourgeois
fourni par les Prolétaires que, directement ou indirecte ment, l’impôt est toujours perçu.
De cette différence de position par rapport à l’impôt résulte une différence de position analogue
par rapport au budget. Le budget doit être considéré comme composé de deux parts, l’une destinée
à la solde des fonctions publiques, l’autre destinée à l’entretien des établissements d’utilité
générale. La Classe Bourgeoise est peu stimulée à réduire la première, qui lui revient presque en
totalité; elle est au contraire fortement excitée à réduire la seconde, qui se reverse,
non sur elle seulement, mais sur la masse entière du Peuple. La Classe Prolétaire est portée à penser
tout autrement sur ce dernier chapitre, qui, destiné à ordonner ou à encourager de grands travaux,
doit être pour elle une source nouvelle d’activité et de bien-être, en lui fournissant de l’ouvrage,
et en l’appelant en outre à prendre sa part commune dans le produit de cet ouvrage. Il suit de là que
les théories économiques adoptées par les Bourgeois doivent les engager à éliminer peu à peu le
Gouvernement de toute intervention sociale, tandis que celles qui conviennent aux Prolétaires
doivent les engager à demander peu à peu au Gouverne ment des mesures de prévoyance et d’association,
et à exiger de lui par conséquent une garantie plus assurée et une moralité plus solide. En présence
de ce fait fondamental, liberté ou organisation en matière d’industrie, le reste n’est que secondaire.
L’impôt indirect n’est avantageux à la Classe Bourgeoise que parce que son ambition dégrèverait
momentanément la Classe Prolétaire, et qu’il faudrait attendre des années avant que l’action dévorante
de la concurrence ait achevé de ronger l’accroissement momentané de la valeur du salaire, et
l’ait enfin replacé à son tarif habituel, celui de la stricte mesure des nécessités de la vie.
L’impôt progressif n’est qu’une contribution sur la haute aristocratie bourgeoise au profit de la petite.
Knoppix User
2003-05-29