Sur la question qui renferme la destinée de la génération à venir, celle de l’instruction publique,
désaccord. Les Prolétaires, soutenus par le sentiment de l’Égalité si actif chez les petits, demandent
que l’instruction soit la même là où le génie est le même, et que la constitution qui déclare
l’égale admissibilité aux emplois déclare aussi l’égale admissibilité aux écoles. Ils comprennent
bien d’ailleurs que, la concurrence formant la seule loi de l’association intérieure, ils seront
nécessairement vaincus si les armes leur manquent, et s’ils se présentent sans ressources en face
de leurs rivaux riches de toutes les ressources que leur fournissent à la fois le privilège et l’éducation.
Sur ce point l’intérêt de la majorité de la Nation est précis et évident.
Mais quel motif pourrait engager les Bourgeois à consentir à ce que l’enfance des Prolétaires,
soustraite au travail mécanique, fût consacrée au développement intellectuel ? quelle compensation
trouve raient-ils plus tard à cette dépense faite sur le fonds commun en faveur des Prolétaires,
à ce temps perdu à l’étude et voué au dangereux exercice de l’esprit ? Ils sentent bien que cet égal
partage des lumières leur serait funeste, car il rendrait leur domination moins assurée et leur
prééminence moins facile sur cette classe nombreuse qu’ils ne primeraient plus par la puissance
intellectuelle; il leur est aisé d’ailleurs d’entrevoir, à la suite de cette égalité essentielle
de la capacité, un mouvement social nécessaire vers un état moins chargé de privilège et moins
tolérant d’aristocratie. C’est donc là ce que les Bourgeois doivent avant tout redouter ; car ils
savent bien que c’est le génie et non la force qui peut aujourd’hui affranchir les Prolétaires, et
ils ont signalé depuis longtemps le Prolétaire éloquent comme aussi redoutable pour eux que
le Spartacus antique pour les maîtres d’esclaves.
Knoppix User
2003-05-29